Déclaration commune des syndicats SNCS-FSU, SNTRS-CGT, SUD recherche EPST : Loi de programmation de la recherche

Malgré les nombreux avertissements émis par les organisations syndicales avant et pendant l’examen du projet de loi de programmation de la recherche à l’Assemblée nationale, ce projet, qui doit très bientôt être examiné par le Sénat, n’a pas varié dans ses intentions, qui touchent, quoiqu’en dise le gouvernement, bien plus aux structures même de la recherche publique en France qu’à son financement, lequel reste d’ailleurs hautement hypothétique. Le projet, sous prétexte d’ouvrir de nouvelles voies de recrutement, institutionnalise en fait la précarisation du personnel de l’ESR en remettant en cause ses statuts, qui sont pourtant le gage d'une recherche libre et indépendante. La mise en place des « tenure tracks » (chaires de professeurs juniors), contrats de « pré-titularisation conditionnelle », ouvre la possibilité de contourner les dispositifs nationaux d'accès à la profession d’enseignant·e/chercheur·e et de chercheur·e, dont il y a tout lieu de craindre que la décroissance, déjà entamée, s’accélère. La création de nouveaux contrats précaires, les contrats de projet scientifique frauduleusement dénommés « CDI », dont la fin de contrat est conditionnée à la durée et au financement du projet de recherche, remet gravement en cause les recrutements de personnels titulaires et constitue une insulte au métier de chercheur, l’aboutissement des recherches devenant ipso facto synonyme de licenciement. En ce qui concerne le financement de la recherche, le projet de loi de programmation de la recherche favorise ouvertement le recours, encore accentué, aux appels à projets, notamment via l’ANR, sans considération pour les financements pérennes dont les laboratoires ont besoin pour assurer la continuité de leur existence et pour accomplir leurs missions. Le projet pousse ainsi à l’aggravation de la concurrence à tous les étages, tout en orientant et limitant les thématiques de recherche à des sujets « porteurs » ou (inclusivement) jugés « rentables », c’est-à-dire à terme « valorisables » par le privé. La logique dont le projet préconise l’accentuation est précisément celle qui nous a fait prendre 10 ans de retard sur la recherche sur les virus de type coronavirus !

L’annonce présentée comme la plus palpable dans le projet, l’annonce budgétaire de 25 milliards d’euros supplémentaires sur 10 ans, ne résiste pas à l’examen objectif des réalités budgétaires. Ce supplément, artificiellement gonflé par une sommation pluriannuelle, ne permettrait même pas d’atteindre 1 % du PIB pour la recherche publique et laisserait la recherche française continuer son lent déclin. Les 357 millions supplémentaires prévus par la LPR pour le budget 2021 ne représentent ainsi qu’une augmentation similaire à celles des dernières années. L’effort affiché dans la LPR n’est programmé que pour après les élections présidentielles ! Et aucun moyen conséquent n’est prévu pour répondre aux besoins urgents de l’ESR liés à la crise sanitaire. La présentation mirobolante d’augmentations qui ne constituent en fait aucune rupture avec les politiques de stagnation menées ces dernières années n’est donc que le paravent des mesures structurelles dénoncées précédemment et qui, elles, entreraient en vigueur immédiatement. Jusque dans son nom, la « loi de programmation de la recherche » est donc une tromperie. Au contraire donc de ce projet de LPR qui ne fait qu’accentuer des orientations destructrices et dont nous demandons l’abandon, nous affichons notre détermination à construire un grand service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, au service de toutes et tous, avec des moyens humains, financiers et matériels garantis et pérennes, où la précarité ne soit plus de mise. Dans la situation grave que nous traversons, l’effort de recherche doit, plus que jamais, être accentué. Ce n’est pas d’un rideau de fumée que nous avons besoin mais de moyens et de postes supplémentaires, immédiatement. »